Mode, couture et technologies 2020-2030…, la décennie de tous les défis

Carrière
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Publié le 19 mai 2022

  • 1 entreprise sur 13 en France travaille dans le domaine de la mode et du luxe
  • 600 000 emplois directs proviennent de ce secteur
  • 1 million d’emplois en ajoutant les emplois indirects[1]

« La mode, ce n’est pas de l’art, c’est un métier » disait Coco Chanel. C’est même une multitude de métiers. Oui, l’univers de la mode, de la couture et de la Haute Couture ouvre ses portes sur un monde aux mille expertises et depuis les années 2010, aux mille connections.

Après des décennies de savoir-faire traditionnels, les innovations numériques et technologiques viennent bouleverser cet univers si huilé et codifié.

La mode et les technologies. La main et le virtuel. Les sens et les data. Comment concilier deux cultures, deux mondes si différents ?  De nouveaux métiers apparaissent, d’autres évoluent. Les compétences recherchées s’élargissent. L’appétence digitale est exigée en plus de celle de la mode. Les métiers du patrimoine vivant y résisteront-ils ? La génération Z prendra-t-elle la relève ?

Jeunes créateurs connectés : une autre vision de la mode

Les jeunes créateurs du 21eme siècle férus de technologies prônent une mode augmentée qui s’appuie sur les technologies et la Fashion Tech[2], à l’exemple de Loom et du Slip français. Porteurs de valeurs sociales, sociétales, environnementales fortes, ils défendent une mode durable et responsable, pensée en vertical depuis la production des fibres et des tissus jusqu’au recyclage des vêtements.

Oui, ils refusent la fatalité de l’empreinte carbone plombée. Ils refusent de fermer les yeux sur la pollution des rivières par l’industrie textile, le gaspillage des matières premières, l’absence de filière de recyclage – moins de 15 % des vêtements sont recyclés… Ils veulent rompre avec ce triste record de 2e industrie la plus polluante au monde.

Eux veulent créer une mode à l’image de leurs valeurs, de leurs convictions, de leurs engagements. Une mode alliant bien-être, bien-aller, bien-fabriquer, bien-produire, bien-vendre, bien-acheter, bien consommer, bien-recycler.

Alors, en connexion étroite avec la Fashion Tech, cette jeune génération de créateurs explore de nouveaux territoires, recherche de nouveaux possibles.

Le digital investit les ateliers de couture, les métiers évoluent

Le numérique s’introduit au sein des ateliers. Certains métiers traditionnels évoluent, s’enrichissent de technologies et de nouvelles compétences. Ainsi, la modéliste travaille avec des logiciels pour concevoir des patrons informatisés. Le mannequin intelligent Euveka[3] remplace progressivement l’ancien Stockman[4] permettant ainsi de reproduire une infinité de morphologies.

créateurs du futur le couturier 2.0 fashion tech

Les Maisons de couture et la FHCM[5] ont pris conscience de l’impérieuse nécessité de ces changements.  S’appuyant sur leurs devoirs d’excellence et d’exemplarité, elles ont fait du recyclage, de la fabrication écoresponsable, de l’économie circulaire et de l’analyse de cycle de vie des enjeux prioritaires.

Dès lors, pour faire de ces enjeux des engagements et de ces engagements une réalité, elles ont créé leur propre centre de recherche, comme LVMH avec Hélios, et travaillent désormais en partenariat avec les start-ups de la Fashion Tech.

La technologie s’invite dans les textiles, de nouveaux métiers apparaissent

  • Améliorer le design des vêtements ou permettre leur personnalisation,
  • Détecter des cancers ou protéger des ondes,
  • Lutter contre la pollution ou améliorer les performances sportives…

Les tissus deviennent intelligents, les vêtements connectés. La mode et la couture innovent pour répondre aux attentes des consommateurs, notamment des digital natives friands des dernières innovations technologiques et à l’affut des dernières tendances. Nouvelles expériences recherchées, nouvelles fonctionnalités, nouveaux métiers. Le futur est là, l’avenir du secteur aussi.

L’ingénieur textile est recruté pour rechercher de nouvelles fibres, des matériaux plus résistants ou confortables, intégrer de la technologie dans les produits de mode, créer de nouvelles fonctionnalités.

Le prévisionniste de tendances est engagé pour analyser les données sur les consommateurs afin de mieux identifier, prévoir et calculer les nouvelles tendances, de mieux comprendre comment elles vont changer et façonner l’industrie de la mode.

Progressivement, c’est tout le processus de création de valeur de l’industrie de la mode et de la couture qui est impacté, modifié, transformé : les matières premières, la création, la conception, la distribution, la logistique, la commercialisation, le recyclage…

Les métiers de la main en quête d’artisans générations Y- Z

Intemporels, irremplaçables, techniques mais 100 % manuels, les métiers des artisans de la couture et de la Haute Couture côtoient ceux connectés, digitalisés et technologiques. Ces métiers de la main qui ont traversé les siècles dans l’ombre des créateurs, loin des projecteurs et des strass donnent vie et matière aux créations des stylistes.

  • 80 métiers techniques très recherchés par la couture et la Haute Couture.
couturière patronnière en train de couper styliste

Sans eux, la mode, la couture, la Haute Couture ne peuvent exister car que serait la mode sans ses ouvriers qualifiés et non qualifiés du travail artisanal du textile et du cuir ? Que serait la Haute couture sans ses artisans d’art ? Brodeuse, plumassière, couturière, maroquinière…, ces « métiers techniques de l’ombre » [6], du patrimoine vivant permettent à la Haute Couture française de rayonner dans le monde entier.

Et le secteur recrute. Ces métiers sont très demandés d’autant que, d’ici 2030, toute une génération va partir à la retraite. Cependant, malgré les efforts des professionnels du secteur, des Maisons de Haute Couture et du gouvernement, le secteur est en tension.

  • 72 % des dirigeants des PME/ETI de la filière constatent des difficultés de recrutement, indique l’IFM.
  • 65 à 66 % de ces métiers sont en tension, notamment ceux liés à la fabrication, précise Pôle Emploi.

Début mai 2022, Pôle Emploi recensait plus de 1 110 offres d’emplois pour des ouvriers qualifiés du travail artisanal du textile et du cuir, 5 970 avec celles concernant les ouvriers non qualifiés.

Oui, mais là, pas de data, pas de technologies, pas de cloud pour prendre le relais sur l’humain (et heureusement que le travail manuel reste encore nécessaire, c’est ce qui fait tout le charme et la beauté de cet univers !).

Méconnues souvent dévalorisées, ces professions peinent à susciter de nouvelles vocations. Comment attirer les générations Z vers ces métiers au savoir-faire artisanal inestimable ? Au savoir-faire nécessitant des années d’expérience pour parvenir à la maîtrise du geste, de la main ?

Promouvoir les métiers de la couture : le rôle des agences d’emploi Mode et Couture

Les professionnels de la couture travaillent au quotidien pour trouver la relève allant jusqu’à créer leurs propres centres de formation : rareté des compétences et des savoir-faire oblige.

Les agences d’emploi spécialisées dans le secteur de la mode et de la couture jouent un rôle clé pour faire connaitre ces métiers, leur donner de la visibilité. Promouvoir les métiers de la mode et de la couture et de la Haute Couture fait partie de leur mission.

En contact permanent avec les artisans et artisans d’art, elles sont une aide précieuse et un partenaire privilégié pour les ateliers et les PME en quête du talent recherché. Leur expertise leur permet de détecter les compétences et appétences véritables des candidats tout en faisant gagner un temps précieux aux entreprises.

Dans le secteur de la mode, le retail est lui aussi en plein changement car le digital s’invite aussi dans les magasins. Pour en savoir plus sur ce sujet, nous vous invitons à lire notre article Retail 2022… : Allier magasin et digital, s’appuyer sur ses équipes de vente

Vous avez dit Haute Couture et « phygital »[7] ?

« Le numérique complète le physique, il permet une diffusion plus large et une autre façon de s’exprimer. Le digital ne pourra pas se substituer au physique car il limite la perception sensorielle et modifie la compréhension d’un concept, d’une vision, d’une collection. Le digital élargit le physique, sans s’y substituer, il apporte une créativité augmentée et une diffusion beaucoup plus vaste. Le physique reste et restera le cœur de la Paris Fashion Week. »

Pascal Morand, président exécutif de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode 

[1] Les chiffres clés de la mode, Institut Français de la Mode (IFM) 

[2] Fashion tech : un écosystème où se mélangent la mode et la technologie, aussi appelé mode 2.0. L’association Fashion Tech a été créée en septembre 2015

[3] Euvêka, mannequin-robot évolutif connecté à un logiciel qui intègre les données physiques pour reproduire une infinité de morphologies

[4] Stockman : mannequin de couture utilisé par les couturières et les ateliers de couture

[5] Fédération de la Haute Couture et de la Mode (FHCM) comprend trois Chambres syndicales (Haute Couture, Mode Féminine, Mode Masculine) et est un membre fondateur de l’IFM

[6] La Fédération Française du Prêt à Porter Féminin, Les nouveaux métiers de la mode

[7] Le phygital, terme qui apparait en 2013 combine le « physique » et  le « digital » et renvoie à une stratégie marketing .